4/10/2006

Journalisme et vin


Quelle est la place du journaliste dans le vin? La question est d'actualité en cette période de Primeurs. Tout le monde va guetter les notes de dégustation de ceux qui auront pu approcher ce millésime: courtiers, négociants, acheteurs, journalistes... C'est surtout l'avis de ces derniers qui importe, tant pour l'acheteur que pour le producteur qui va mettre un prix sur des bouteilles en devenir.

Où est le problème?

Auparavant, à Bordeaux, le producteur vinifiait, le courtier faisait les prix en le mettant en relation avec le négociant et ce dernier, qui élevait parfois le vin, le mettait en bouteille, et le commercialisait.

Cette organisation du marché à très bien fonctionné pendant des années. Puis le propriétaire s'est mis à mettre en bouteille lui-même, pour éviter les "assemblages" sauvages de certains négociants peu scrupuleux (2/3 de Mouton, 1/3 de Bordeaux générique et on étiquette Mouton). Le négociant continuait à vendre, l'équilibre demeurait; puis, s'enrichissant, il finit par vouloir, tout naturellement, (re)prendre le contrôle de la vinification en achetant des domaines (ce que d'autres firent par mariage). Ils devint peu à peu juge et partie, producteur et conseil.

Le journaliste, lui, objectif par essence puisque totalement indépendant du marché, comprit vite l'intérêt du lecteur pour la chose du vin. Soucieux de satisfaire sa clientèle et sa soif de savoir, il acquit vite une grande légitimité de par ses connaissances et compétences. Le journaliste s'adressait de plus à une large audience que le négociant ne pouvait toucher.

Aujourd'hui, l'acheteur écoute bien plus le journaliste que le négociant, et les prix se font bien plus en fonction des notes données par les journalistes que de l'appréciation des courtiers et des négociants. Bob Parker est fortement critiqué pour son omni-présence et sa toute-puissance mais il faut bien reconnaître qu'il n'a fait que combler un vide, vide que peu de négociants semblent vouloir combler par eux-même: il faut voir combien citent les notes des journalistes comme argument de vente!



Les journalistes ont souvent de bonnes, voire de très bonnes connaissances, là n'est pas la question. J'aimerais connaître ne serait-ce que le dixième de ce que certains savent, mais j'aimerais pouvoir faire confiance à un professionnel, moins attaché aux modes, moins suceptible de céder au sensationnalisme qu'un journaliste. Ce ne sont pas les négociants qui ont promu les éphémères vins de garage. Les premiers sont en quête de nouveauté, les seconds la craignent. Je ne suis pas sûr pour ma part que l'innovation-produit soit forcément bénéfique aux vins français de haute qualité.

Autre point en faveur du négoce - ou en sa défaveur si l'on considère son abdication - il est sur place, déguste à longueur de temps et l'on pourrait s'attendre à ce que ses connaissances soient plus complètes que celles de la plupart des journalistes.

La situation est, je dois dire, assez invraissemblable, où le professionnel s'appuie sur le journaliste pour vendre. Beaucoup attendent le départ de Parker à la retraite pour reprendre le marché en main. Encore eusse-t-il fallu qu'ils préparrassent le terrain en montrant leur réelle légitimité!

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